La crise coronavirus qui a frappé le monde a acculé
les Etats , les organismes internationaux, les entreprises et les citoyens à agir précipitamment et plus que jamais dans un contexte
trouble caractérisé par une crise profonde
qui s'est manifestée comme une traînée de poudre dans plusieurs domaines, notamment ceux de la santé , de l' Emploi , de l'économie , des finances
, des échanges internationaux ainsi que celui de la circulation des biens , des services et des personnes sans compter
la peur, le stress et la détresse
qu' elle a générés de manière stupéfiante à travers la planète
entière .
Face à cette crise majeure,
les Etats ont agi, tant bien que mal, pour minimiser ses effets désastreux en mobilisant, tout un chacun, les moyens disponibles et selon des
stratégies sanitaires plus ou moins différentes.
Les succès relatifs enregistrés depuis quelque temps ont conduit les différentes nations à jeter du lest en ce qui concerne les mesures de confinement et d'amorcer avec cette sortie de crise une phase de relance économique.
A souligner au passage que l'ensemble des pays constituant la communauté internationale ont subi des pertes économiques considérables à tous les niveaux de leur activité plurielle se traduisant par des dégâts divers allant de la chute du PIB, à l'arrêt de la production, la montée du chômage, des sinistres touchant plusieurs secteurs d'activités (industrie, tourisme, transports, finances, ...).
Le Maroc n'a pas échappé à cette réalité
, toutefois, il faut signaler qu'à l'instar de rares pays à travers
le monde comme l'Allemagne , la Corée du Sud , la Malaisie
ou Singapour , notre pays a adopté une politique
de gestion de crise précoce et complète qui lui a permis de limiter substantiellement les dégâts et d'avoir un certain contrôle de la pandémie
, Contrôle qui s' est cristallisé par la prise de plusieurs
mesures visant la maîtrise
de la progression
de la pandémie et la création d’un Fonds spécial pour la gestion de la pandémie de Coronavirus sur le plan économique.
Actuellement, le Maroc est en passe de préparer
sa sortie de crise tout en préparant un « plan de
relance économique ».
Le présent papier constitue
une contribution à cet effort de réflexion. Les mesures qui y seront proposées sont déclinées selon les principaux axes suivants
:
1. Poursuivre la politique de la demande
1-1. Si le Maroc à travers le Fonds spécial est venu en aide à plusieurs couches sociales démunies permettant ainsi le maintien de leur pouvoir d'achat minimum ; aucune raison ne militerait à l'arrêt de ce soutien. Bien au contraire, il faudrait continuer cette aide sociale encore quelques mois en renforçant d'avantage ses conditionnalités d'une part et en maîtrisant ses mécanismes d'octroi afin d'éviter les fraudes éventuelles d'autre part.
1-2. Un deuxième niveau de l’application de la politique de la demande consisterait en le lancement de milliers de petits chantiers à travers tout le Royaume sous la responsabilité, le financement et le suivi des Départements ministériels, des Etablissements et Entreprises Publics, des Collectivités territoriales ou en Partenariat Public Privé (PPP).
Ces milliers de petits chantiers peuvent se rapporter à différents secteurs à condition qu’ils soient d'utilité économique, sociale ou environnementale avérée. A titre d’exemple la réalisation de petits barrages collinaires, la construction d'infirmeries rurales, les travaux d’aménagement des établissements scolaires, la complantation d'espaces verts, la réalisation d’orphelinats, etc...Le coût par projet ne doit pas dépasser un seuil déterminé.
Le choix de ces chantiers à réaliser
soit en régie soit par recours aux Tpme doit se faire selon des critères de faisabilité établie. A l'issue
de leur réalisation, ces projets doivent faire
l’objet d’un audit technico-financier.
Il va sans dire que le lancement de ces milliers de chantiers aura un impact évident
sur l'emploi et partant sur la demande globale et l'investissent selon le cercle
vertueux consacré
par la politique
de la demande
(ou politique
keynésienne).
A signaler que la réalisation des grands travaux constitue un levier de relance économique testé avec succès à plusieurs reprises à travers le monde.
2. Adapter la politique de l’offre
Il est trivial de remarquer que Le secteur des entreprises s'est trouvé au centre de la politique de soutien de l'offre engagée par l'Etat. En effet , les entreprises, tous azimuts, ont bénéficié d' une myriade de mesures plus ou moins destinées à la sauvegarde de l'emploi et accessoirement au maintien de la production dans certains secteurs, il s'agit notamment :
➢ du report des cotisations CNSS ;
➢ du moratoire de crédits bancaires
;
➢
la mise
en
place de
Damane oxygène
pour atténuer
les difficultés
de trésorerie ;
➢ le report
des échéances fiscales;
➢ le règlement des arriérés au profit des Tpme par la Tgr.
L'analyse de cette politique de soutien à l'entreprise lancée par les pouvoirs publics fait ressortir qu'elle est exclusivement orientée au soulagement de la trésorerie de l'entreprise à court terme ; sans prendre en considération que cet allègement va se transformer en un fardeau pour l'entreprise une fois ces facilités arrivent à terme. Ce phénomène sera intenable si l'entreprise ne redémarre pas ou n'arrive pas /ou peu au rythme de croisière .En fait, avec pareilles mesures on ne fait que différer le problème. D'où la nécessité de revoir les tenants et les aboutissants de ces actions en essayant de leur apporter les correctifs qui s’imposent à travers les propositions suivantes :
➢
octroyer un prêt à moyen terme ( 5 à 7 ans ) aux entreprises ayant bénéficié
des facilités de trésoreries ci-dessus mentionnées afin de leur permettre
de faire face aux échéances et engagements prévus et même celles
qui tomberont après
;
➢ le prêt à moyen terme en question
doit être consenti
à un taux réduit ;
➢ instaurer un système d'aide aux Tpme. Car, Le système de faciliter de trésorerie - utilisé jusqu’à présent - s'avère insuffisant à lui seul de sauver des petites entreprises embourbées dans une multitude de problèmes causés par la pandémie. L'aide directe à fonds perdus à consentir aux Tpme peut revêtir plusieurs formes déjà appliquées dans d'autres pays comme la France, l'Allemagne ou l'Espagne. Le Maroc peut en choisir celles qui répondent le mieux aux spécificités de son tissu économique (Ex : aide/ouvrier/mois, abattement de la cotisation patronale à la CNSS,…).
3. Les déficits jumeaux
Il est bien entendu
que par déficits jumeaux on entend l’existence simultanée
du déficit budgétaire et celui des opérations courantes.
3-1. Le déficit budgétaire
Il est certain que le budget dans une conjoncture très difficile
comme celle vécue actuellement va accuser un déficit abyssal. Cependant, ce déficit croissant ne doit pas conduire
à une politique
budgétaire austère
systématique. Car, convient-il de rappeler que les dépenses
publiques (ou la commande publique) constituent, au Maroc, une part importante de l’investissement national.
Il est tout à fait opportun
de procéder en cette période de crise à certaines restrictions budgétaires, mais avec discernement, en ciblant
les dépenses superflues, inéquitables ou ostentatoires qui, outre
leur incidence financière, ont un impact psychologique négatif sur les citoyens surtout en ces moments
difficiles où toutes les actions
visant la transparence et l’équité sont les bienvenues.
Cala dit, les dépenses de fonctionnement et d’équipement qui peuvent être réduites ou supprimées pour restreindre les charges budgétaires sont à titre indicatif
:
➢
Les dépenses
liées à l’acquisition et au fonctionnement du parc automobile de l’Etat hormis le parc de la Défense, de la Dgsn et
les services de sécurité ;
➢ Les primes de masse ou autres primes exceptionnelles servies aux fonctionnaires du Ministère des Finances et autres Services de l’Etat :
➢ Les dépenses de construction et des aménagements des locaux administratifs, etc…
Par ailleurs, d’autres mesures peuvent être mises en œuvre pour réduire les charges budgétaires, notamment :
➢
Le lancement d’une opération de départ volontaire
en évitant les erreurs de la précédant
;
➢ L’arrêt des nouveaux recrutements sur les trois prochaines années ;
La gestion budgétaire est également confrontée à la chute des recettes ordinaires. En conséquence, le déficit budgétaire va s’accentuer. Il passera
probablement à 8 ou 9% du PIB au lieu de moins de 4% enregistré en 2019.
La principale alternative qui s’offre pour le Trésor pour réduire ce déficit budgétaire abyssal est le recours à l’endettement tant interne qu’externe. A ce niveau, il est proposé :
➢ Une gestion active plus agressive de la dette extérieure (rééchelonnement, swapping…) ;
➢ Une politique monétaire conciliante (quantitative-easing)
;
➢ Les banques doivent également contribuer à l’effort national de relance en assouplissant d’une part leurs conditions draconiennes de financement de l’économie (personnes physiques et morales) et en acceptant d’autre part de supporter leur part de risque dont la quasi-totalité est supportée par l’Etat via la Caisse Centrale de Garantie.
La réduction du Taux directeur par Bank AL Maghrib (BAM) à 2% et peut être moins dans un prochain
avenir est de nature à encourager les banques dans cette voie. Celles-ci
restent trop passives
et surtout attirées
par les opérations sûres et rentables
(achat des Bons du Trésor).
3-2. Le déficit de la balance des transactions courantes
La crise de Covid-19 a impacté négativement la balance courante
du royaume. Ces impacts négatifs ont touché simultanément :
·
Les recettes
des exportations (filière automobile) ;
·
Les recettes
du tourisme ;
·
Les IDE ;
·
Les transferts des MRE.
Le Maroc dans l’Etat actuel des choses se trouve dans l’impossibilité de compenser ces manques à gagner substantiels. Les seules
ressources en devises générées par la chute du cour du pétrole et la limitation de quelques importations s’avèrent insuffisantes pour tempérer la situation déficitaire de la balance
des paiements.
Dans ce contexte
de crise généralisée, la réserve
de change du Maroc enregistre un rétrécissement de plus en plus inquiétant (environ
l’équivalent de trois mois d’importation).
Certes, les pouvoirs monétaires et financiers ont pris une série de mesures
se rapportant au déplafonnement de l’endettement extérieur,
le déblocage de la ligne de précaution et de liquidité (LPL), le passage
à la deuxième
phase de flexibilité du régime de change, etc….
Ce train de mesures nécessaire dans cette conjoncture de crise doit être renforcé et complété
par d'autres propositions, il s'agit notamment de :
➢
Limiter les importations de manière draconienne pour soulager la pression exercée
sur la réserve
de devises (Seuls les produits de premières nécessité et les
biens d'équipement indispensables seront
autorisés. L'importation des produits
de luxe tels que les voitures, l’habillement;
les parfums;
les bijoux,…, doit être momentanément suspendue)
;
➢ Encourager les exportations des produits agricoles et agroalimentaires ;
➢ Attirer les capitaux internationaux vers le Maroc en ce moment de volatilité financière ;
➢ Recourir à l’endettement international pour boucler le budget et renflouer la réserve de change qui a fondu depuis l'avènement de la crise pandémique au point où elle ne représente plus que l'équivalent de trois mois d'importation.
Ce recours du Maroc pour lever les capitaux nécessaires au fonctionnement de son économie ne soulève pas de difficulté particulière. Car notre pays jouit d'une bonne image auprès des marchés financiers internationaux et d'une bonne notation (rating). D'ailleurs, la dernière note qui lui a été attribuée par l’agence internationale Standard & Poor's est BBB- / A-3. Grace à ce classement dans la catégorie " Investissement grade" le Maroc pourra même bénéficier d'un " Spread " favorable.
Cependant le recours du Trésor à l'endettement extérieur doit s'opérer selon une maturité longue (plus de 25 ans comme délai de remboursement) afin de diluer l'impact négatif des nouveaux emprunts sur le volume global de la dette extérieure.
4. Les incitations sectorielles et l'encouragement de l'économie domestique
Il est évident que les secteurs fondamentaux tels que l'enseignement ou la Justice garderont leur place de choix dans la politique économique et sociale de la Nation, avec toutefois une prise en considération d’autres secteurs que la relance économique rend nécessaires comme :
➢ le secteur
de la santé ;
➢ le secteur de
l'agriculture ;
➢ le secteur du tourisme ;
➢ le secteur digital.
Chacun de ces secteurs doit faire l’objet d’un plan d’encouragement afin d’accroitre la performance nécessaire à la redynamisation de l’économie nationale.
Par ailleurs, il y a lieu de chercher
de nouvelles opportunités pour booster la reprise de l’activité économique et générer
la création d’emploi et de nouvelles
entreprises. Ces opportunités peuvent être saisies :
➢ En ouvrant à la concurrence les secteurs d’activité où prédominent « l’économie de rente » comme le transport voyageurs, l’exploitation des carrières, les débits de boissons,…
➢ En activant le transfert et l’exploitation privée des terres collectives.
5. Activer la transition énergétique et le développement durable
Le Maroc a opté pour le développement durable basé sur trois piliers qui sont l'économique, le social et l'environnemental. Il a réalisé durant les dernières années des avancées impressionnantes dans sa transition énergétique. En effet, les énergies renouvelables occupent une place de plus en plus importante dans la balance énergétique du pays. Aujourd'hui, le mix énergétique national est encore dominé par les hydrocarbures. L'exploitation de l'énergie solaire permettra dans une dizaine d'années de modifier structurellement le mix énergétique en réduisant la part des énergies fossiles. A cet égard, il est prévu d'atteindre le taux de 52 % de ce mix issu d'énergies renouvelables à l'horizon de 2030.
Ces efforts louables doivent s'accompagner par le lancement d'un plan national de vulgarisation de la consommation d'énergie solaire. L'élan d'équipement des foyers des ménages et des petites
unités de production, qui en découlera, est de nature
à créer plusieurs
milliers d'emplois et contribuer à la consommation d'une énergie propre disponible à volonté dans notre
pays.
Les autres aspects du développement durable comme la gestion des eaux usées, la gestion forestière, la gestion des déchets solides, la pollution atmosphérique, .., restent insuffisants alors que leur importance pour la société n’est pas à démontrer et qu’elles offrent en sus des possibilités innombrables d’activités à portée de main.
6. La recherche de nouvelles opportunités
L’économie planétaire
selon la Banque Mondiale
devrait se contracter sous les effets de la crise de 4200 milliards
de $ en 2020. Quant au FMI, il prédit que l’économie connaitrait après le « grand confinement » sa pire récession
depuis la grande dépression
de 1929,
se traduisant par une contraction du PIB mondial de 3%.
Il s’en suit que la crise de covid-19 aura indubitablement des répercutions incommensurables à l'échelle
planétaire sur les principaux agrégats économiques et sociaux,
ainsi que sur les rapports de forces qui ont régi les relations et équilibres internationaux et régionaux
jusqu'à présent.
Dans ce registre la mondialisation, les échanges
internationaux, la production, la circulation des capitaux, les flux migratoires etc..Connaîtront des bouleversements inouïs et de nouvelles
règles du jeu apparaîtront sous les effets dévastateurs de cette crise sanitaire.
Face aux nouveaux paradigmes
qui
viennent à nous,
le Maroc, doit faire montre de vigilance, observer et analyser
les nouvelles évolutions et tendances qui se profilent et s'investir
dans les opportunités qui s'en dégagent.
Dans ce sens, certaines opportunités méritent d'emporter déjà l'attention des décideurs, notamment :
·
les localisations et les colocalisations des grandes unités de production et de services (multinationales) ;
·
les transferts
des capitaux à la recherche de pays plus
sûrs ;
· l'économie digitale et du savoir cognitive.
7. La réhabilitation des valeurs humaines fondamentales
La crise coronavirus a constitué une occasion
singulière pour le Maroc de faire preuve d'un élan de solidarité, d'entraide et d’efficacité face au fléau
dévastateur de la pandémie.
De ce sursaut de performance jamais constaté dans notre pays depuis des lustres, il faut
tirer des enseignements et prendre
les mesures appropriées pour les pérenniser dans notre comportement civique et social.
Car convient-il de souligner
que ces comportements socio-culturels atténuent les rivalités
entres les couches sociales et aident à l’émergence de la confiance qui est indispensable aux bonnes
relations entre les citoyens et les institutions locales
et nationales.
Ces mesures
peuvent faire l'objet d'un programme
national de sensibilisation à différents niveaux de la société
marocaine : société
civile, établissements scolaires et universitaires, partis politiques etc..
L’objectif de ce programme
est de mettre
en exergue les valeurs humaines fondamentales qui renforcent et consolident la résilience sociale comme l’entraide, la fraternité, la considération, l’écoute, la bienveillance, l’empathie, la probité,
la célérité, la responsabilité, l'altruisme, etc …
Il est démontré dans plusieurs pays que les comportements humains positifs (ou facteurs non économiques) ont autant d’importance pour asseoir la soutenabilité sociale que les facteurs purement économiques et matériels.

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